La communauté professionnelle a tiré la sonnette d’alarme il y a longtemps, mais son discours s’est heurté à la volonté du gouvernement de ne voir que le coût comptable des aides, sans considération des recettes associées à la production de logements, dans une rapport vertueux de 1 à près de 2. En clair, un euro public investi en aide à la personne ou à la pierre, sous forme d’allègement fiscal incitatif ou d’avantage de taux -dans le cas du prêt à taux zéro -, entraîne de la création de richesse à hauteur de près de deux euros, en gain de TVA ou de rentrées fiscales diverses pour l’État et les collectivités locales.

Les choix de l’exécutif, budgétairement orthodoxes dans l’ordre de la réduction des dépenses publiques, ont été à courte vue et ils ont cassé une dynamique installée par des décisions politiques heureuses depuis des années. Le logement se retrouve dans la situation du malade qui pourrait bien mourir guéri, c’est-à-dire moins consommateur d’aides mais moribond parce que son organisme a été sevré sans que le médecin se fût assuré de son indépendance. Au demeurant, la dépendance, que plusieurs ministres et parlementaires ont présentée comme structurelle et ontologique, est circonstancielle : c’est bien parce que la fiscalité est étouffante qu’il faut poser sur le visage du patient un masque à oxygène, histoire qu’il ne trépasse pas. De fait, le gouvernement et le parlement se trouvent dos au mur et ne peuvent pas laisser l’asthénie de la construction neuve s’installer. D’autant que la rénovation et l’entretien suivent un cours semblable : le Professeur Mouillart, présentant les dernières évolutions des loyers d’habitation, a noté avec inquiétude que les propriétaires bailleurs n’engageaient pas les travaux nécessaires dans leurs logements. Quant aux propriétaires occupants, on sait qu’ils trainent des pieds pour mettre leur appartement ou leur maison aux normes énergétiques, s’ils ne lésinent pas sur les travaux de confort. 

A la clé, des ménages qui ne donneront pas réalité à leurs projets et des emplois perdus dans la filière du bâtiment et des services au logement. Un gâchis économique et social qu’on n‘avait pas vu depuis un sacré moment.  Rien ne va plus par conséquent et les pouvoirs publics doivent faire leurs jeux. Quels jeux ? Repenser la fiscalité applicable au logement à tous les stades, de l’édification à la transmission en passant par l’acquisition et la détention. Faut-il décréter des assises du logement ? Elles ont eu lieu au début du quinquennat du Président Macron. Un grand débat ? On en sort. Et si, tout simplement, le gouvernement se demandait, comme n’importe quel marketeur, ce que les Français peuvent supporter de pression fiscale au maximum avant que l’impôt ne tue l’impôt, c’est-à-dire que la taxation ne contrarie l’activité elle-même, au point que la base taxable se rétrécisse ? C’est un exercice que les promoteurs et les constructeurs font en permanence, quand ils conçoivent leurs produits et observent la possibilité que les ménages les financent. Du bon sens, loin de cette politique froide et scientifique dont d’aucuns voudraient l’avénement, et de la confiance dans les acteurs professionnels. L’urgence est absolue désormais, avant que nous n’hypothéquions durablement les années futures et que la génération actuelle ne soit sacrifiée en ce qui concerne l’accès au logement. 

 

Alors que les ventes de logements neufs déclinent, Henry Buzy-Cazaux, président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers, tire la sonnette d'alarme et appelle les pouvoirs publics à soutenir le secteur.

Les chiffres du ministère de la ville et du logement viennent de tomber. Et ils sont hautement inquiétants : durant les trois derniers mois, de décembre 2018 à février 2019, le nombre des permis de construire délivrés a baissé de 5%, cachant une décélération de 5,2% pour les logements collectifs, c’est-à-dire la production des promoteurs, et de 4,7% pour les logements individuels, qui sont bâtis par les constructeurs de maisons individuelles. Selon une tendance identique, les mises en chantier elles-mêmes poursuivent leur rétractation, en l’occurrence de 4,3%, avec des maisons individuelles à l’origine d’un recul de 1,2% et les logements collectifs de 6,2%. Ainsi, en un an, de mars 2018 à février 2019, la construction de 448.500 logements a été autorisée, pour 413.600 unités effectivement produites, ce qui représente un retrait de 9% par rapport aux douze mois glissants précédents pour les permis de construire et de 5% pour les mises en chantier. Il s’agit des plus mauvaises performances depuis quinze ans.